JACQUES BREL
Orly (1977)

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ORLY(1)
Letra y música: Jacques Brel

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
La pluie les a soudés
Semble-t-il l'un à l'autre
Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire je t'aime
Elle doit lui dire je t'aime
Je crois qu'ils sont en train
De ne rien se promettre
Ces deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes

Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu'eux deux
Et brusquement il pleure
Il pleure à gros bouillons
Tout entourés qu'ils sont
D'adipeux en sueur
Et de bouffeurs d'espoir
Qui les montrent du nez
Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger

La vie ne fait pas de cadeau
Et nom de Dieu c'est triste
Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et maintenant ils pleurent
Je veux dire tous les deux
Tout à l'heure c'était lui
Lorsque je disais "il"
Tout encastrés qu'ils sont
Ils n'entendent plus rien
Que les sanglots de l'autre

Et puis
Et puis infiniment
Comme deux corps qui prient
Infiniment lentement
Ces deux corps se séparent
Et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu'ils crient
Et puis ils se reprennent
Redeviennent un seul
Redeviennent le feu
Et puis se redéchirent
Se tiennent par les yeux
Et puis en reculant
Comme la mer se retire
Il consomme l'adieu
Il bave quelques mots
Agite une vague main
Et brusquement il fuit
Fuit sans se retourner
Et puis il disparaît
Bouffé par l'escalier

La vie ne fait pas de cadeau
Et nom de Dieu c'est triste
Orly le dimanche
Avec ou sans Bécaud

Et puis il disparaît
Bouffé par l'escalier
Et elle elle reste là
Coeur en croix bouche ouverte
Sans un cri sans un mot
Elle connaît sa mort
Elle vient de la croiser
Voilà qu'elle se retourne
Et se retourne encore
Ses bras vont jusqu'à terre
Ça y est elle a mille ans
La porte est refermée
La voilà sans lumière
Elle tourne sur elle-même
Et déjà elle sait
Qu'elle tournera toujours
Elle a perdu des hommes
Mais là elle perd l'amour
L'amour le lui a dit
Revoilà l'inutile
Elle vivra de projets
Qui ne feront qu'attendre
La revoilà fragile
Avant que d'être à vendre

Je suis là je la suis
Je n'ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit.

Hay más de dos mil
Y yo veo solo a los dos
La lluvia los ha soldado
Se diría el uno al otro
Hay más de dos mil
Y yo veo solo a los dos
Y los veo hablar
Él debe de decirle te amo
Ella debe de decirle te amo
Creo que no están
Prometiéndose nada
Están demasiado delgados
Como para ser deshonestos

Hay más de dos mil
Y yo veo solo a los dos
Y bruscamente él llora
Llora a borbotones
Rodeados como están
De adiposos sudados
Y de devoradores de esperanza
Que los apuntan con la nariz
Pero esos dos desgarrados
Embebidos de tristeza
Abandonan a los perros
La hazaña de juzgarlos

La vida no regala nada
Y por Dios que triste es
Orly el domingo
Con o sin Bécaud(2)

Y ahora lloran
Quiero decir los dos
Antes era él
Cuando decía “il” (3)
Encajados como están
No oyen nada más
Que los sollozos del otro

Y luego
Y luego infinitamente
Como dos cuerpos que rezan
Infinitamente lentamente
Esos dos cuerpos se separan
Y al separarse
Esos dos cuerpos se desgarran
Y os juro que gritan
Y luego se retoman
Vuelven a ser uno
Vuelven a ser fuego
Y luego vuelven a desgarrarse
Se aguantan la mirada
Y luego retrocediendo
Como el mar se retira
Él consuma el adiós
Babea algunas palabras
Agita en vago una mano
Y bruscamente huye
Huye sin volverse
Y luego desaparece
Tragado por la escalera

La vida no regala nada
Y por Dios que triste es
Orly el domingo
Con o sin Bécaud

Y luego desaparece
Tragado por la escalera
Y ella se queda ahí
El corazón en un puño la boca abierta
Sin un grito sin una palabra
Conoce a su muerte
Acaba de cruzársela
Se da la vuelta
Y se da la vuelta aún
Sus brazos caen fláccidos
Ya está tiene mil años
La puerta se ha cerrado
Hela ahí sin luz
Gira sobre sí misma
Sabiendo ya
Que girará por siempre
Ha perdido otros hombres
Pero esta vez pierde el amor
El amor le ha dicho
Aquí vuelve lo inútil
Vivirá de proyectos
Que no harán más que esperar
Hela ahí de nuevo frágil
Antes de estar en venta

Yo estoy ahí, la sigo
No me atrevo a hacer nada por ella
A quien la muchedumbre mordisquea
Como una fruta cualquiera.

(1) Aeropuerto de París.
(2) Gilbert Bécaud, quien intérprete “Dimanche à Orly” (“Domingo en Orly”). [Clic aquí para ir >>>]
(3) Los pronombres "il" (“él”) e "ils" (“ellos”), se pronuncian fonéticamente igual en francés.

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